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La documentation technique : une problématique complexe

Pour le lecteur comme pour le rédacteur, la documentation technique d’un produit est bien souvent un cauchemar. Mais nous sommes peut-être sur le point de nous réveiller. La technologie 3D, les animations interactives ou encore le langage XML devraient dans les années qui viennent réconcilier fabricants et utilisateurs d’équipements techniques.

Un mal nécessaire !

Que l’on soit passionné de gadgets ou rebelle à toute technologie, nous sommes tous, un jour ou l’autre, obligés d’ouvrir le manuel d’un appareil photo, de son téléphone portable ou la notice de montage d’un meuble en kit d’origine suédoise. Pour le premier, comme pour le second, c’est souvent un moment de grande solitude et de détresse intellectuelle. S’il nous arrive dans ces instants de souhaiter mille morts au fabricant, il faut avouer que la tâche de rédacteur technique est devenue désormais un véritable casse-tête. En effet, les produits se complexifient, les modèles se multiplient, les marchés sont internationaux et les crédits consacrés à la rédaction technique restent les mêmes. La documentation technique est bien souvent ressentie par les industriels comme un mal nécessaire et un centre de coût. D’ailleurs, bon nombre d’équipements grands publics tels que micro-ordinateurs, GPS ou lecteur MP3 ne sont plus accompagnés de manuel imprimé. Ces derniers doivent être téléchargés sur le site du constructeur… " Seuls les domaines militaires et aéronautiques ont depuis très longtemps considéré cette activité comme fondamentale pour leur métier. Ils sont d’ailleurs soumis à des normes internationales très strictes : les spécifications ATA (Airline Transport Association) et S1000D ", note Alberto Franzetti d’Antéa. " Le métier de rédacteur technique est sous-représenté en France et il existe très peu de formation spécifique. Quant à la règlementation qui pourrait inciter les fabricants à investir davantage dans la documentation technique, elle est beaucoup plus légère qu’en Allemagne, en Scandinavie ou dans les pays anglo-saxons notamment ", rajoute-t-il.

Pour le responsable de cette entreprise qui commercialise des solutions de documentation technique et leurs services associés, " ce qui pousse les industriels à s’intéresser au sujet, c’est l’impact positif que peut avoir une documentation sur la vente de leurs produits. Les constructeurs automobiles l’ont compris depuis longtemps. Renault par exemple a déployé un atelier de production automatisé de ses documentations techniques destinées aux concessionnaires. Intégré au BE, il emploie deux personnes contre dix auparavant, et lui a permis des économies de budget de 50% ! Le projet a nécessité deux ans d’étude et une année de déploiement. " L’aspect économique est sans doute l’un des moteurs qui peut mobiliser les entreprises à rationaliser leurs processus documentaires.

Selon les analystes du marché, les pertes dues à l’absence ou la non-qualité de la documentation techniques se chiffrent en plusieurs milliards de dollars par an au niveau mondial. Et ceci notamment dans le domaine des biens d’équipement et de l’industrie lourde (automobile et aéronautique). Le cabinet IDC avance, lui, que le coût de la traduction peut à lui tout seul représenter 60% du coût global de la documentation pour certains produits très diffusés.Difficile de cerner précisément ce marché qui touche à la gestion documentaire, à la notice technique ou encore à l’édition automatisée. L’organisme d’analyse américain IDC identifie deux gammes de solutions employées pour la publication dynamique : les " Authoring Software " et les produits de " Content Management ". Même s’il s’agit d’un marché récent, en 2003, la vente de ces outils a atteint 11,4 milliards de dollars. IDC prévoit une progression annuelle de 10% de ce secteur jusqu’en 2008.

Un marché émergent

Difficile de cerner précisément ce marché qui touche à la gestion documentaire, à la notice technique ou encore à l’édition automatisée. L’organisme d’analyse américain IDC identifie deux gammes de solutions employées pour la publication dynamique : les " Authoring Software " et les produits de " Content Management ". Même s’il s’agit d’un marché récent, en 2003, la vente de ces outils a atteint 11,4 milliards de dollars. IDC prévoit une progression annuelle de 10% de ce secteur jusqu’en 2008.

Evolution des besoins… et des technologies

Mais les choses risquent d’évoluer à court ou moyen terme. Les organisations industrielles deviennent massivement collaboratives et la documentation ne concerne plus seulement le client final. Marketing, publicité, ingénierie, achats, maintenance, organismes de certification, de contrôle technique, réseau de vente et fournisseurs, tous sont concernés et demandeurs. Et il ne s’agit plus seulement de produire des manuels purement techniques. La communication et le marketing ont pris une place prépondérante dans le processus de développement et de vente. A quoi bon fabriquer le meilleur produit du monde si personne n’est au courant ? Enfin, il s’agit également de satisfaire à de nouveaux médias : bornes interactives, cédéroms, sites web, etc. Car le papier n’est plus l’unique support, même s’il est loin d’avoir disparu. Dans l’aéronautique, par exemple, Dassault Aviation utilise des tablettes PC pour aider les techniciens au montage ou au contrôle de certains équipements de son fleuron le Falcon 7X.

Dassault Aviation utilise des documentations techniques

Dassault Aviation utilise des documentations techniques
sur tablettes PC pour l’assemblage du Falcon 7X 

Ces équipements nomades sont employés sur les lignes d’assemblage de constructeurs automobiles japonais qui ont été les précurseurs en la matière.Il existe donc deux familles de documentation. Fortement technologique, la première s’adresse avant tout aux services d’ingénierie, de fabrication, de maintenance ou encore de formation. Essentiellement constituée de textes et de plans techniques, (la plupart déjà disponibles) sa production peut être automatisée. Dans le cas d’un support numérique, il est même possible de conserver un lien entre les données d’entrée et le document final pour assurer la mise à jour automatique en cas de modification du produit. C’est ici qu’entre en jeux les technologies XML/SGML de structuration des contenus. L’idée est de définir des " feuilles de styles " pour chaque type de publication technique à produire et donc de séparer le contenu de son format. Une notice technique sera ainsi décomposée en autant d’éléments documentaires (textes, image, plans, graphiques, 3D…) dont l’agencement et la forme seront préalablement codés. Il est ensuite possible d’automatiser la composition et la publication de ces documents selon des flux documentaires programmés. Et ceci selon plusieurs langues en gérant les différences de longueur de textes.

La production automatique de documentations orientées marketing ou client final du produit est plus difficile. Les formes sont très variables et la plupart du temps le contenu lui-même n’existe pas. Et puis un plan technique est peu adapté à ce type de population. La 3D et les différents formats dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes (U3D, 3DXML, X3D, etc.) viennent bouleverser la donne. Les données CAO 3D générées par le BE peuvent être directement exploitées pour scénariser des animations de mise en œuvre du matériel ou de dépannage. Un plan vaut mieux qu’un long discours, mais un film vaut mieux qu’un plan… surtout lorsqu’il est destiné à un large public. Et puis cela permet de diminuer, voir de s’affranchir des obligations de traduction, et d’avoir des documents à jours. Sur ce créneau de la 3D, les éditeurs d’horizons variés se livrent une petite bataille pour imposer leur propres solutions. On trouve des éditeurs du domaine PLM comme Dassault Systèmes, UGS, ou Seemage, mais de nouveaux acteurs apparaissent. Adobe par exemple, avec son outil Acrobat 3D. Efficaces, ces outils ont cependant encore quelques handicaps. Les formats utilisés sont généralement propriétaires et nécessitent un viewer adapté. Malgré la compression, les fichiers générés pour des équipements conséquents sont encore trop lourds pour être réellement efficaces. Enfin, ce ne sont que des briques du concept plus global de publication dynamique

Cas d’école

Quand on fabrique des produits dont la durée de vie est en moyenne de 40 ans, le SAV et donc les notices techniques constituent un point crucial pour la pérennité de son business. C’est en tout cas l’analyse de la société suédoise ITT Flygt, qui développe des pompes et mélangeurs et les commercialise sur toute l’Europe. Après avoir testé sans succès des solutions classiques de type bureautique, l’entreprise s’est lancée dans une démarche de publication dynamique largement automatisée. Elle a choisi Arbortext et Windchill PDMLink de PTC. Le premier logiciel lui permet de définir la structure de ses documents et les publications, tandis que le second gère le contenu et leur mise à jour. Il s’agit d’un projet de longue haleine : analyse de l’existant, définition des typologies de documentation, conception des feuilles de styles, des éléments documentaires XML, mais également réécriture des documentations existantes pour les rééditer aux nouvelles normes. En cours de déploiement, ce dispositif devrait permettre des économies de plusieurs millions de couronnes suédoises selon le directeur de projet Anita Weisberg : " parce que les informations seront immédiatement accessibles, il n’y aura plus de réécriture multiple, les documents seront mis à jour automatiquement en cas de modification amont, enfin, nous pourrons délivrer des documentations à la demande, sans bouleverser aucunement le processus. Nous avons déjà économisé plus de 2000 heures/hommes/an grâce à la création automatique de listes de pièces stockées dans nos bases de données et éditées en fonction des modèles CAO. "

De l’illustration technique

L’illustration technique constitue le premier niveau de la " doc technique ". La majorité des logiciels de CFAO du marché dispose de leurs propres fonctionnalités pour cela. Prenons l’exemple de Solid Edge, la version 19 permet de capturer des plans, des éclatés, des animations d’assemblage/désassemblage et d’annoter en 3D selon la norme internationale ASME Y14.41. Plusieurs solutions indépendantes de la CAO sont également disponibles sur le marché. Citons Corel Designer et Canvas X éditées respectivement par Corel et Avanquest. Elles intègrent un outil de dessin vectoriel et des fonctions d’habillage de plans. Ce type de logiciels autorise la récupération des données géométries 2D et parfois 3D produites par le bureau d’études. La société Itedo Software, récemment rachetée par PTC, propose de son côté une gamme complète d’outils similaires offrant davantage de fonctionnalités pour les opérations de publication. Dotées de process automatisés, la gamme Itedo permet en outre de créer des catalogues de pièces directement publiables sur cédérom ou sur le web. " À l'heure actuelle, la création d'illustrations techniques est avant tout un processus manuel consistant à redessiner les graphismes à partir de rien ", explique Dieter Weidenbrück, fondateur et CEO d’Itedo. " De plus, de nombreux illustrateurs techniques n'archivent pas les milliers de graphismes qu'ils créent. Par conséquent, de nombreuses entreprises doivent recréer des contenus qu'elles pourraient simplement réutiliser. L'intégration des solutions ITEDO et PTC permettra aux entreprises de créer des versions de documentation très élaborées et actualisées, à un stade plus précoce du processus de développement d'un produit ou d'un service, tout en se débarrassant des tâches répétitives inhérentes à leurs processus actuels ".

Corel Designer est un outil d’illustration technique puissant et particulièrement économique.

Corel Designer est un outil d’illustration technique puissant et particulièrement économique.

A la publication dynamique

Mais le point commun à tous ces systèmes reste l’absence de liaison avec le système d’informations de l’entreprise. Dans le meilleur des cas, ils permettent une récupération directe des principaux formats CAO et images du marché. Mais les documents créés sont totalement coupés des données d’origine, donc potentiellement obsolètes dès leur publication. La solution : la publication dynamique. C’est-à-dire la conception de documents structurés et associatifs avec leur contenu initial. Deux solutions s’imposent sur le secteur, FrameMaker d’Adobe et Arbortext de PTC. Le premier domine largement le marché et bénéficie de la puissance et de la synergie des produits édité par Adobe. Comme l’explique Franck Gross Consultant Adobe spécialiste de ce produit : " FrameMaker et ses différents modules constituent aujourd’hui une offre globale pour la documentation technique qui couvre tous les secteurs industriels ou non. Il repose sur un triptyque fondamental : préparation de maquettes documentaires, intégration du contenu XML dans ces feuilles de style, mise en œuvre de flux documentaires. Le logiciel intègre un petit outil de dessin, mais importe une très large palette de formats depuis le jpeg, jusqu’à la géométrie CAO 2D, et bientôt 3D ! A partir de ces techniques, il est possible non seulement de lier FrameMaker aux applications CAO et GDT de l’entreprise, mais d’automatiser la publication de documentations techniques sur tout type de support papier ou numérique. "

Avec Arbortext et Itedo Software dans son escarcelle, PTC à de sérieux atouts techniques pour prendre une place mondiale sur ce marché.

Avec Arbortext et Itedo Software dans son escarcelle, PTC à de sérieux
atouts techniques pour prendre une place mondiale sur ce marché.

De son côté, PTC propose un premier niveau d’intégration d’Arbortext avec Windchill et avec Pro/Engineer. Comme l’explique Guy Ladan, directeur technique, "  PTC est en mesure de fournir une solution intégrale pour créer du contenu structuré XML, contrôler et gérer les configurations de contenu et les processus associés et publier ces données sous toutes formes de documentations techniques. Le lien établi entre les trois solutions assure une associativité totale entre les modèles géométriques CAO, les métadonnées en provenance de Windchill ou de tout autre logiciel d’ERP (prix, nomenclatures, etc.) et les publications générées. " PTC s’est également attaché à développer des partenariats avec des sociétés spécialisées dans la gestion documentaire. 4DConcept par exemple propose un package métier constitué d’un noyau Arbortext et d’une couche métier répondant à la norme S1000D, (spécifications internationales pour l’approvisionnement et la production de publications techniques de l’industrie aéronautique et spatiale de défense européenne).

Nous sommes peut-être à l’aube du renouveau de cette activité qu’est la documentation technique. Cela ne sera possible que si les industriels et les fabricants de produits manufacturés ne la considèrent plus comme un handicap, mais plutôt comme un support des ventes. La technologie permet en effet d’envisager le lancement sur le marché d’ateliers de production automatique de documentations techniques ou commerciales, clés en main et combinés à la gestion de l’entreprise. Reste à les intégrer de manière transparente dans les bureaux d’études et à régler le délicat problème de la traduction…

PTC rachète Itedo software

Il marque ainsi son ambition dans le domaine de la documentation technique. Rappelons qu’il avait déjà mis la main sur Arbortext, un spécialiste. Cette entreprise allemande s’est fait une place solide sur le créneau de l’illustration technique avec sa suite IsoDraw un portefeuille de 2400 clients dans les secteurs de l'automobile, de l'aérospatiale, de la défense, ainsi que les équipements industriels. Avec la technologie Arbortext également acquise récemment par PTC, l’éditeur devrait pouvoir mettre sur le marché l’année prochaine une offre complète et intégrée. Celle-ci devrait couvrir la création, la gestion et la publication de contenus textuels et graphiques, destinés aux publications techniques. " En ajoutant IsoDraw à notre système de développement de produits, nous serons en mesure de fournir à nos clients le chaînon manquant entre l'ingénierie et les publications techniques " affirme Jim Heppelmann, Executive Vice President & Chief Product Officer, PTC.
 

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