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Innover : le nouveau challenge des BE

Innover. Innover et vite ! C’est devenu le leitmotiv du monde industriel, voire de la société de consommation toute entière ! Je me souviens d’une intervention de l’ex-responsable d’Air France, Thierry Breton, en 2005 lors d’une journée organisée par Dassault Systèmes. L’innovation était pour lui " la seule issue pour que l’industrie française et européenne survive au raz-de-marée de la mondialisation et de la concurrence des pays low cost. " Innover ou mourir donc… Après les " années qualité ", c’est l’innovation qui est désormais le nerf de la guerre. Une évidence, l’industrie se nourrit en effet de nouveautés. On estime que plus de 75% des produits qui seront vendus dans cinq ans, n’existent pas encore aujourd’hui !

Innovation de rupture, incrémentale ?

Ce sont sans doute les domaines de l’aéronautique/défense, de la pharmacie et des services à la personne qui sont les plus en pointe en la matière actuellement. Dans le secteur automobile, les logiques de réduction de coût/délais ont pris le pas sur l’innovation de rupture. Pour Yves Tisserand, Directeur Recherche et Esais de Filtrauto, filiale française du groupe Sogefi et leader français des filtres pour véhicules " les constructeurs automobiles sont aujourd’hui très frileux quant aux propositions d’innovation que les fournisseurs peuvent leur soumette. Exception faite de ce qui est visible du client final et qui concerne notamment les équipements électroniques et multimédias. Il y a encore cinq ans, Renault réunissait régulièrement ses partenaires autour du thème de l’innovation. Ce n’est plus le cas. Les grandes marques traversent sans doute une forte période d’interrogation quant à l’avenir de leur activité. Les contraintes liées à la pollution et à la raréfaction des énergies fossiles, mais également le lancement de voitures hybrides chez les concurrents, les déboires en matière de fiabilité rencontrés sur les modèles sophistiqués, etc. ne concourent pas à placer l’innovation comme prioritaire dans leur stratégie. La prise de risque inhérente à l’innovation de rupture n’est pas vraiment d’actualité..."  

L’innovation est devenue depuis une petite dizaine d’années un enjeu majeur. Plusieurs études ont montré clairement une croissance du chiffre d’affaires lorsqu’il y a augmentation de la mise en œuvre des idées des salariés. Il y a donc une prise de conscience nette des directions. Depuis plusieurs années, les grandes entreprises se sont organisées pour favoriser l’innovation. La gestion de projets est désormais banalisée, et nombre d’entre elles ont instauré des équipes de développement multidisciplinaires. La structure et les moyens des PME sont différents. Une évidence bonne à rappeler : innover requiert des moyens. Et il n’est pas toujours simple au final de justifier les dépenses engagées. Pour une PME, ce risque financier est difficile à supporter.

L’innovation dans les PME est donc avant tout incrémentale et bien souvent tributaire des relations établies avec les clients dans le cas des sous-traitants. Philippe Poncet, responsable du Pôle d’activité Ingénierie de Conception au Cetim : " L’innovation pure est finalement assez rare et souvent le résultat des entreprises qui développent des produits propres. Dans le cas des sous-traitants, la pression des donneurs d’ordres peut donner lieu à des améliorations ponctuelles de l’outil de production. Reste les fabricants de machines spéciales qui évoluent vers la conception de machines constituées de modules métier " plug and play " indépendant et évolutifs. "

La mutation du bureau d’études

Pour innover, il est nécessaire d’optimiser les phases les plus critiques du cycle industriel. Dans les phases de conception et de développement des produits eux-mêmes, mais également dans l’élaboration des process de production. C’est un challenge supplémentaire que doivent relever les bureaux d’études. Pour Thierry Beaujon, fondateur des sociétés TDC Software et Knowllence, " la conception routinière, c’est-à-dire 80% des tâches d’un projeteur se délocalise vers les pays émergents. L’entreprise doit donc se recentrer sur sa tâche : créer de la valeur, donc innover. Et, le véritable enjeu n’est pas de faire un coup d’éclat, mais de systématiser l’innovation… Le discours d’un de mes clients à ce sujet est révélateur. Cette PME de 130 personnes fabrique des systèmes d’injection pour moteur à essence. Elle est équipée de postes CAO et utilise l’un de nos outils pour l’analyse fonctionnelle et l’analyse de risque. Le responsable du bureau d’études m’a dit un jour : "j’ai un rêve, celui de revendre mon équipement de CAO ! Nos ingénieurs en une journée dessinent un nouveau produit et passent les trente jours suivants à le modifier, à le bricoler pour qu’il rentre dans le cahier des charges. Remonter au problème, le reformuler, analyser les risques, les points innovants ou au contraire standards, c’est moins confortable pour tout le monde mais c’est exactement cela innover ! Et je voudrais que cela soit la tâche principale de mes ingénieurs ! "

Le constat est donc unanime, le bureau d’études doit muter pour favoriser l’innovation dans sa démarche de conception...

 

 

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